Comment notre cerveau se laisse séduire par les auteurs, les génies, les héros, etc.
« Derrière chaque nom propre, chaque signature, chaque visage médiatique se rejoue un processus d’hypnose douce, un appel à suspendre notre jugement, à laisser une autorité organiser notre perception du monde. »
Partant du constat que nous accordons spontanément du crédit au nom posé en haut d’une couverture ou en bas d’un tableau, Samah Karaki analyse comment certaines figures d’autorité constituent une fiction cognitive, un mécanisme mental auquel notre cerveau est spontanément enclin. Il est en effet câblé pour chercher des intentions dans les textes, les images, les musiques.
Mais cette croyance est aussi construite politiquement, puisqu’elle privilégie certains noms et en invisibilise d’autres. Elle fabrique de l’exception, du prestige, du génie individuel au détriment du commun, et nous conduit à adhérer à une certaine organisation symbolique du monde : une hiérarchie qui valorise l’héroïque et l’unique, et marginalise l’anonyme, le collectif ou le mineur.
Au fil de sa réflexion, Samah Karaki nous montre comment notre cerveau, nos institutions et nos récits conjuguent leurs forces pour maintenir vivantes les figures d’autorité. Elle interroge ce que cette fidélité, presque réflexe, produit sur notre culture : quels noms nous retenons, quels autres nous oublions, et quelles formes d’art nous sommes capables ou incapables de reconnaître.
De là, elle nous enjoint à sortir de ces mécanismes et à faire émerger une écologie cognitive de la création et à distribuer autrement notre attention.
Née en 1984 à Beyrouth, Samah Karaki est une neuroscientifique franco-libanaise. Son travail utilise les savoirs des sciences cognitives et humaines pour analyser les enjeux environnementaux et sociaux.