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L’Atomisation de l’homme par la terreur
Leo Löwenthal
Article mis en ligne le 22 septembre 2022

« Une opinion largement répandue veut que la terreur fasciste n’ait constitué qu’un épisode éphémère dans l’histoire moderne, aujourd’hui fort heureusement derrière nous. Je ne saurais être de cet avis. Ma conviction est que cette terreur est profondément ancrée dans les tendances de la civilisation moderne, et en particulier dans la structure de notre économie. »

C’est toujours par la terreur que la pensée totalitaire s’immisce chez l’individu. Avec ce texte, Leo Löwenthal révèle l’usage de la terreur au sein des états totalitaires. Selon lui, la terreur fasciste ne s’attaque pas seulement aux corps mais à l’individualité même, en la désintégrant de l’intérieur.

La terreur détruit les liens, confisque aux individus leur propre passé, leur capacité à anticiper leur avenir, et les rend ainsi plus vulnérables face aux manipulations. La lutte pour la survie devient la préoccupation principale, à l’exclusion de toute autre considération. La conscience de faire le mal s’anesthésie peu à peu. C’est l’obéissance hiérarchique qui prend alors le pas, justifiant la levée des inhibitions.

Frappées de stupeur, les populations se retrouvent dans un état de dépendance infantilisant. Cet engrenage, libérant la violence dans une escalade perpétuelle, écrase tout espoir d’en connaître un jour la fin. Car même libérés, les individus tendent à reproduire les schémas d’action et de pensée propres au fascisme…

Où cette terreur puise-t-elle sa source ? C’est au sein même de la civilisation moderne que Leo Löwenthal en identifie les germes. Le progrès technologique, la production de masse nous ont appris à suivre des schémas préétablis sans les remettre en cause. L’homme moderne, frustré par son impuissance, esseulé et déraciné, se trouve prêt à accepter toutes les idéologies. Les fascistes furent les premiers à saisir et à exploiter politiquement cette pauvreté spirituelle.

Aujourd’hui, ni le terrorisme d’État, ni le terrorisme tout court, n’ont disparu. Précurseur de la philosophie du totalitarisme (concept qui commençait alors seulement à émerger), Leo Löwenthal nous rappelle qu’il n’existe qu’un seul remède à la terreur : la raison. Il nous faut renoncer à réduire l’homme au statut de simple outil. C’est à ce prix que nous pourrons atteindre la liberté et le bonheur.


Originaire de Francfort-sur-le-Main en Allemagne, Leo Löwenthal (1900-1993) est un pionnier de la sociologie de la culture. Issu d’une famille juive, il rejoint en 1926 l’Institut de recherche sociale, et fonde la Zeitschrift für Sozialforschung (Revue de Sciences sociales) en 1932. La montée du nazisme le force à quitter son pays pour New York, aux côtés d’autres philosophes tels qu’Adorno, Horkheimer ou Marcuse. Si nombre de ses confrères retourneront en Allemagne après la guerre, Löwenthal restera quant à lui aux États-Unis et rejoindra le département de sociologie de l’université de Berkeley.
Spécialiste de la critique sociologique littéraire, il est notamment l’auteur de Literatur und Massenkultur (Littérature et Culture de masse) et Das bürgerliche Bewußtsein in der Literatur (La Conscience bourgeoise dans la littérature). Il est également l’un des représentants de la critique du capitalisme et du postmodernisme, dont il refuse le cynisme et dénonce les dangers. Figure emblématique de l’école de Francfort, il s’éteint à Berkeley à l’âge de 93 ans.


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