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Le Pentagone de la puissance (1970)

Le premier tome du Mythe de la machine s’achevait à l’orée du XVIIe siècle, qui marque pour Lewis Mumford (bien plus que la conventionnelle Renaissance) la véritable entrée dans le monde moderne, celui de toutes les promesses, de tous les reniements et de tous les désastres.

Avec ce second tome, Mumford poursuit sa synthèse de l’histoire du développement de la société humaine jusqu’au dernier quart du XXe siècle.

La création, dès les premières grandes civilisations agraires, monarchiques et sacrées, de ce que l’auteur nomme la « mégamachine » – à savoir la transformation de l’ensemble du corps social en une organisation hiérarchique centralisée par la puissance autonome d’un État –, capable d’incroyables prouesses comme d’inconcevables destructions, constitue la matrice toujours féconde des monstruosités de la modernité la plus récente.

À partir du XVIIe siècle, la société marchande européenne en pleine expansion s’affranchit, dans sa philosophie et sa compréhension du monde, de toutes les limitations issues du passé. Les anciens dogmes moraux et religieux chrétiens servant désormais à justifier une quête effrénée de profit et de puissance sur la nature et sur les hommes. Grâce à l’élaboration progressive de techniques nouvelles, issues des sciences exactes et soutenues par un capitalisme vigoureux et sans état d’âme, cette quête de profit et de puissance ne connaît aucune limite – jusqu’à faire main basse sur la vie psychique de nos contemporains.

Si Mumford fut lucide sur le destin de la mégamachine technique en pressentant « que les forces destructrices actuellement à l’œuvre vont poursuivre leur trajectoire jusqu’à leur inéluctable autodestruction », il pensait néanmoins que « les bienfaits potentiels de ce système, s’il était dirigé de manière plus humaine, demeurent immenses », et qu’un sursaut salvateur était non seulement souhaitable mais toujours possible. N’étant pas pour autant un prophète révolutionnaire, il ne s’est jamais étendu sur les modalités pratiques d’un tel renversement, se contentant de décrire les qualités humaines nécessaires pour l’envisager.

Là aussi réside la remarquable actualité de son œuvre, dans ces jours sombres où semblent perdus, dans un même naufrage, le navire et les capacités mentales des officiers de pont, réduits à demander à l’« intelligence artificielle » ou IA – nouvel outil de la mégamachine – le temps qu’il reste avant de couler.